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L’atelier Jean-François Millet, maison dont la façade et les deux pièces plus anciennes relèvent du domaine protégé, n’a d’autre ambition que celle qui en fait son charme : être un musée privé et populaire. Il convient aux amateurs, aux flâneurs, aux touristes et à tous ceux qui – d’ici ou d’ailleurs – veulent respirer un parfum d’histoire. Il fait aussi office de galerie pour les artistes locaux d’aujourd’hui. Entrée sur cour, sa porte, avec le fameux « loquet poucier » , s’ouvre sur un lieu où se mélangent curieusement le bric-à-brac et l’harmonie. Les vitres de la baie sont encore d’époque et la lumière s’irise dans l’épaisseur inégale du verre. Millet, le peintre de l’Angélus, aimait le clair-obscur qui lui permettait de forcer le trait et d’aviver les couleurs. Loin de sa Normandie natale, il y a vécu vingt-six années de sa vie (1849-1875). La plupart de ses chefs-d’œuvre sortent d’ici. L’atelier d’un peintre est saturé de mystères. Comme dans l’antre des démiurges, on y entre avec un rien de crainte et de fascination. Poussés par la curiosité parmi ces tableaux – dont les sous-couches ne cessent d’évoluer – les visiteurs font l’expérience de l’ombre et de la lumière. Ici figurent les peintres contemporains de Millet et ceux de la génération qui a suivi, ainsi que les portraits des nombreux peintres étrangers qui ont vécu au village. Sans pouvoir dire comment les peintre paysagistes du XIXème siècle ont contribué à notre perception de la nature, il faut simplement en faire le constat : la forêt de Fontainebleau ressemble désormais à leurs tableaux. La peinture est belle en cela : elle nous aide à voir ce que, sans elle, on ne verrait pas… Plus petite, la seconde pièce, tapissée de dessins et de gravures, de photos et de reproductions, inspire un certain respect. Le bronze de Rosa Bonheur, le missel de Millet, sa palette, son portrait au regard fiévreux, la famille qui forme grappe autour du maître, les eaux-fortes dans leurs étapes successives, contribuent au souvenir d’un peintre qui connaissait le prix du travail et de l’humilité. C’est ici, peut-être, après l’émotion de l’atelier, que l’expérience esthétique demande à être commentée. Une fiche d’état-civil et des guides répondent aux principales questions. Plus vaste, plus récente aussi, la salle d’exposition surprend par la vivacité des couleurs, la fraîcheur des tons et le goût des perspectives champêtres. Au vrai, ceux qui exposent ici sont des héritiers fidèles et, en même temps, des continuateurs : ils inventent une nouvelle manière d’être un ancien peintre de Barbizon.. Pour des raisons d’exiguïté et de sécurité, la pièce du premier étage, là où est mort Millet le 20 janvier 1875, n’est pas ouverte au public. Elle contient cependant une collection d’objets sur le thème de l’Angelus. Cet hommage populaire rendu à l’œuvre la plus célèbre du peintre ne peut être vue que sur rendez-vous. Sous des aspects modestes, la libre visite de la maison s’inspire de l’idée du parcours . Cela ne correspond ni à u projet ni à une stratégie. Les différents propriétaires l’ont façonnée au fil des temps. Sûrement à leur insu. D’où l’extraordinaire complexité du dispositif qui n’en est pas un. Chacun y a laissé sa trace sans que personne ne puisse dire qui a fait quoi. Là où habituellement l’architecte, le muséographe ou le décorateur impose sa loi, le public a fait son choix. Tout s’est mis en place sous le double sceau du hasard et de la nécessité. Les œuvres, exposées bord à bord, s’adressent d’abord à la subjectivité du spectateur. Leur beauté – en dehors de leurs qualités techniques – vient de la diversité. Elles ressemblent en cela à ce qui a réuni les peintres du village : une école plus buissonnière qu’académique. Jacques Meunier
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